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IA générative et propriété intellectuelle en France : ce que les entreprises doivent savoir

Droits d'auteur sur les outputs IA, données d'entraînement, jurisprudence 2024 : guide pratique sur la propriété intellectuelle et l'IA générative pour les entreprises françaises.

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· 5 janvier 2025 · 8 min de lecture

L’adoption de l’IA générative en entreprise soulève des questions juridiques auxquelles le droit français n’a pas encore apporté de réponses définitives. Qui est propriétaire d’un texte rédigé par ChatGPT ? Votre entreprise peut-elle être poursuivie si une image générée par IA ressemble à l’œuvre d’un artiste ? Le code écrit par GitHub Copilot appartient-il à votre entreprise ou à Microsoft ?

Ce guide fait le point sur l’état du droit et les précautions pratiques à prendre.


Droits d’auteur sur les outputs générés par l’IA

La position du droit français

En droit français, le Code de la propriété intellectuelle (CPI) protège les œuvres de l’esprit qui sont le résultat d’une démarche créative humaine. Le principe est clair : une œuvre doit porter la marque de la personnalité de son auteur pour être protégeable.

La question est donc : un texte, une image, ou un morceau de musique généré par une IA peut-il bénéficier de la protection du droit d’auteur ?

La réponse actuelle en France est : non, pas directement.

Une IA n’est pas une personne juridique. Elle ne peut pas être titulaire de droits. Par conséquent, un contenu généré entièrement par une IA sans intervention créative humaine significative tomberait dans le domaine public — ni vous ni le fournisseur d’IA ne pourriez en revendiquer la propriété.

La nuance cruciale : le rôle créatif humain

Mais la réalité est rarement aussi tranchée. Lorsque vous :

  • rédigez un prompt détaillé qui oriente précisément la création,
  • sélectionnez, éditez et adaptez les outputs de l’IA,
  • intégrez ces outputs dans une œuvre plus large,

…votre contribution créative pourrait suffire à créer une protection au profit de votre entreprise.

La clé est le degré d’apport créatif humain. Plus vous avez orienté, sélectionné et transformé le contenu généré par l’IA, plus votre protection est solide.

Ce que disent les conditions d’utilisation des fournisseurs

La plupart des grands fournisseurs d’IA ont adopté une position favorable aux utilisateurs :

  • OpenAI : cède aux utilisateurs les droits sur les outputs générés via son API et ses produits, dans les limites de ses conditions d’utilisation
  • Anthropic (Claude) : même approche — les outputs appartiennent à l’utilisateur
  • Adobe Firefly : les images générées sont licenciées commercialement et indemnisées (Adobe a constitué un fonds de compensation pour les artistes)
  • Midjourney : les droits varient selon l’abonnement — l’abonnement gratuit laisse les images sous licence Creative Commons

Vérifiez toujours les conditions d’utilisation actuelles, car elles évoluent régulièrement.


Le problème des données d’entraînement

Des poursuites en cours aux États-Unis

Plusieurs affaires judiciaires majeures ont été engagées aux États-Unis :

  • Getty Images contre Stability AI : Getty reproche à Stability AI d’avoir utilisé des millions d’images de sa bibliothèque pour entraîner Stable Diffusion sans licence ni compensation
  • Le New York Times contre OpenAI et Microsoft : le journal reproche à ChatGPT de reproduire des articles entiers, violant les droits d’auteur du NYT
  • Class action de nombreux auteurs contre OpenAI, accusant l’entreprise d’avoir utilisé leurs œuvres sans permission

Ces affaires n’ont pas encore toutes abouti, mais leurs conclusions pourraient redessiner le paysage de l’IA générative.

La situation en France et en Europe

La directive européenne sur le droit d’auteur (2019/790) prévoit une exception pour l’extraction de texte et de données (TDM) à des fins de recherche. Cette exception peut couvrir certains entraînements de modèles IA, mais reste sujette à débat.

Les œuvres publiées avec une réserve explicite (“opt-out”) ne peuvent pas légalement être utilisées pour l’entraînement en Europe. La question est de savoir comment ces réserves sont respectées en pratique.

Pour les entreprises utilisatrices (et non développeuses de modèles), le risque est indirect : si le modèle que vous utilisez a été entraîné illégalement, vous pourriez potentiellement être impliqué dans des procédures judiciaires, bien que ce risque soit limité dans la plupart des cas.


Risques spécifiques pour les entreprises

1. Utilisation commerciale d’images générées

Les images générées par IA peuvent présenter des similarités visuelles avec des œuvres protégées. Avant d’utiliser une image générée pour une campagne publicitaire, une plaquette commerciale, ou un site web :

  • Vérifiez que l’outil utilisé a des garanties contractuelles contre les violations de droits d’auteur (Adobe Firefly, Getty Creative avec IA, etc.)
  • Évitez les prompts qui demandent explicitement de s’inspirer d’un artiste identifiable
  • Conservez les traces de génération (prompts, date, outil utilisé)

2. Code généré par IA et licences open source

Un risque spécifique aux équipes de développement : GitHub Copilot et d’autres outils IA ont été entraînés sur des dépôts GitHub, dont beaucoup sont sous licences copyleft (GPL, AGPL). Il existe un risque théorique que le code généré reproduise des extraits de code sous licence, ce qui pourrait contaminer votre code propriétaire si vous n’y prenez garde.

GitHub a mis en place un filtre pour limiter ce risque, mais il n’est pas infaillible. Pour les projets critiques, une revue juridique du code généré peut être prudente.

3. Outputs ressemblant à des marques ou personnages protégés

Si vous demandez à une IA de générer une image d’un personnage qui ressemble à Mickey Mouse ou à un logo similaire à celui d’une marque connue, vous vous exposez à des poursuites pour contrefaçon de marque. Cette situation peut survenir involontairement avec des prompts trop génériques.


Recommandations pratiques pour les entreprises

Mettre en place une politique d’utilisation de l’IA

Cette politique doit inclure des règles claires sur :

  • Quels usages des outputs IA sont autorisés (communication interne seulement ? communication externe ? publications commerciales ?)
  • Comment documenter l’utilisation de l’IA dans le processus de création
  • Les vérifications à effectuer avant publication d’un contenu généré par IA

Documenter la contribution humaine

Pour les contenus générés par IA destinés à une utilisation commerciale significative, documentez la contribution créative humaine : les prompts utilisés, les sélections effectuées, les modifications apportées. Cette documentation renforce votre position en cas de litige.

Choisir des fournisseurs avec des garanties contractuelles

Certains fournisseurs offrent des indemnités contractuelles (copyright indemnification) : ils s’engagent à vous défendre et vous couvrir financièrement si vous êtes poursuivi pour violation des droits d’auteur liée à l’utilisation de leurs outils. C’est le cas de Microsoft (pour Copilot), OpenAI (pour les clients entreprise), Google (pour certaines offres Workspace), et Adobe (pour Firefly).

Consulter un juriste spécialisé pour les enjeux significatifs

Le droit de la propriété intellectuelle appliqué à l’IA est un domaine en pleine évolution. Pour des enjeux importants (campagnes publicitaires nationales, produits grand public, code dans des produits commerciaux), l’avis d’un avocat spécialisé reste irremplaçable.


L’évolution attendue du droit

Plusieurs évolutions législatives sont attendues à moyen terme :

  • En France : le ministère de la Culture a lancé une réflexion sur l’adaptation du CPI à l’IA. Des modifications législatives sont probables d’ici 2026.
  • En Europe : l’AI Act prévoit des règles sur la transparence des données d’entraînement (les fournisseurs de GPAI doivent publier un résumé des œuvres utilisées), ce qui facilitera les futures actions des ayants droit.
  • À l’international : les décisions judiciaires américaines auront une influence significative sur le droit européen.

Conclusion

La question de la propriété intellectuelle dans l’IA générative est loin d’être résolue. Les entreprises qui utilisent ces outils doivent naviguer dans une zone grise juridique en prenant des précautions raisonnables.

La bonne approche n’est pas d’éviter l’IA générative par peur du risque — c’est de l’utiliser intelligemment, avec des règles claires et en travaillant avec des fournisseurs qui offrent des garanties contractuelles solides.

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